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Notre habitat: sas de décompression entre l'extérieur et le vrai moi?


Psychologie de l'Habitat
intérieur d’ Azalée
Si l’habitat est la projection de notre vrai moi, il n’est pas si incongru de croire que
notre habitat en dit bien plus qu’on ne le voudrait. Les pièces à vivre, comme les pièces intimes ne sont pas décorées de la même façon.
Il est étonnant de voir, au fils de mes rencontres, que chaque pièce aménagée en premier lorsque nous prenons possession de notre habitat, diffère selon la personnalité de chacun.
Les uns penserons à mettre en valeur leur chambre à coucher. Pour quelques uns cherchant à préserver leur couple, les autres à dessiner une nouvelle dynamique. Les autres miseront sur la cuisine. Lieu essentiel de survie, de bien être, voire de convivialité si elle est ouverte. La cuisine est notre relation avec notre mère. Mais aussi la pièce de la communication. Ce n’est donc pas si innocent de rencontrer de plus en plus de gens désireux de s’offrir une cuisine ouverte. N’oublions pas toutefois que cette cuisine souligne l’idée de montrer combien nous sommes capables de tout gérer de front.
Bref, la première pièce que l’on aménage avec goût et plaisir est en général des pièces personnelles qui nous ramènent à notre
histoire. Un cocon que l’on se crée afin d’y trouver paix et sécurité. En effet, un déménagement suscite des turbulences dans le cerveau. Changement, même provoqué, c’est un changement de peau.
Il faut se laisser le temps. Un peu comme un doudou quand nous étions enfant, une pièce jouera le rôle fédérateur pour être en paix.
La cuisine, nous l’avons vu à plusieurs reprises, la cuisine est un lieu qui par essence ne cesse de se transformer. Elle évolue au même rythme que la femme évolue.
Peut-on alors dessiner une analogie entre la cuisine et la femme et de ce fait la relation complexe mère fille ?
Dans un premier temps fief des pauvres, les nobles envoyaient leur domestique en cuisine. Un lieu de vie puisque la chambre, le coin salle de bain et salle à manger résidaient dans cette unique pièce, entre la cheminé, le lavabo et les vaches. Un coin merveilleux… je plaisante évidemment.
Puis les maisons se transforment mais la cuisine est réservée à la femme. L’homme virile, fort va chercher argent pour maison et fatigué par une dure journée ne passe pas dans la zone réservée à son épouse, passe les pieds sous la table. Madame n’a pas le droit de vote, madame n’a pas son propre compte, madame n’a pas à penser mais faire de son mieux pour élever les héritiers de monsieur.
Puis Madame en a marre, elle change de ton et descend dans la rue. Elle porte le pantalon, manifeste et demande à ce qu’elle ait le contrôle de sa vie sexuelle. La cuisine se transforme. Elle devient de plus en plus petite, au point même que certains architectes de grandes villes pensent que des locataires sont des minis pouces. Petite kitchenette dit on avec mini frigo avec micro-onde sur le frigo, petit évier et juste de quoi mettre un réchaud avec deux feux sur le rebord de la machine à laver.
L’homme s’incruste de plus en plus dans la cuisine. Il n’a pas le choix, si monsieur veut manger… Toutefois la cuisine prend petit à petit des allures de boudoir moderne adéquates pour les confessions. Souvenons-nous d’un film avec Jean-Pierre Bacri dont tout se passe dans une cuisine d’appartement parisien. Lieu des confessions où les acteurs alterneront leur passage pour créer une intrigue et dévoiler un peu plus encore leur vie intime (sexe, problème d’argent, de logement, au travail).
La cuisine finie sa mue en se transformant en cuisine ouverte pour créer de la convivialité. Monsieur et madame se partagent ce territoire de plus en plus grand, de plus en plus performant. La cuisine s’inscrit comme l’endroit idéal pour créer ensemble un projet.
Or, si la cuisine est la représentation de la mère, de la féminitude, dans quelle mesure la jeune fille en fleure peut elle s’incarnée en tant que femme. En effet, comme dans toutes les tribus, les rapports père fils, mère fille se soldent en conflit de territoire voire de personnalité.
Une étude très sérieuse a pu démontrer qu’un enfant à peine né ne tétait le sein de sa mère encore en maternité de la même manière si cet enfant sentait la présence entrante d’une femme dans la pièce ou d’un homme. En effet, si c’est un garçon, et qu’un homme entre dans la pièce il ne fera pas attention. Néanmoins si c’est une femme, il ne tétera pas sa mère de la même façon. Pour une fille la différence se fait quand c’est un homme qui entre dans une pièce.
Freud dira au cours de ses études que la jeune fille est amoureuse de son père et le jeune homme de sa mère. Ne voyons nous pas des cas étranges d’hommes qui vouent un amour déraisonné pour leur mère clamant à qui veut l’entendre que leur mère est leur femme de leur vie ? N’entendons nous pas non plus une jeune maman dire que son petit garçon est l’homme de sa vie ?
A la période de l’adolescence le conflit territorial est amorcé entre père et fils. Deux mâles sur le même territoire posent quelques problèmes. Même si par la suite, quand le garçon quitte la maison, les relations s’apaisent et vont même jusqu’à créer un lien indélébile de confiance et d’amour juste. Que peut-on penser de la relation mère fille ?
Parce que la mère met au monde son enfant, même si monsieur y est pour beaucoup, madame voit en son enfant un lien particulier. Elle a
« fabriqué » cet enfant pendant neuf mois. L’enfant serait alors à l’image de la maman. Quand c’est un garçon qui vient au monde, il en va s’en dire que la distinction est faite. Or,
quand il s’agit d’une fille, la mère se projette en cette enfant. Voit en elle ses propres défauts et de façon inconsciente lui ferait payer. Rejet, agressivité, mère poule ? trop parfaite,
trop collante, trop occupée… la relation mère fille serait trop, beaucoup trop bien, ou beaucoup trop mal.
La relation mère fille serait donc un fantasme ? Une entente cordiale
imposer par les mœurs, la culture, mais finalement rejetée dès la naissance : « ma fille ne fera pas les mêmes erreurs que moi », ou « ma fille fera tout ce que je n’ai pas pu
faire », ou encore « ma fille me doit le respect » etc.
Il n’est pas évident de réussir en tant normal, puisque nous rejetons en pleine face des autres leurs propres échecs, mais entre mère et fille s’inscrit une relation insidieuse de jalousie. Mère jalouse de sa fille, fille jalouse de sa mère… on s’y perd.
Crise mère fille, qui ne se reconnaîtrait pas dans cette crise filiale ? La fille fantasme une relation copine qui n’existera jamais. La mère fantasme sur une relation complice qui ne peut exister si et seulement si les deux femmes s’inscrivent en tant que femme épanouie. Chacune à leur place en s’identifiant en tant que femme autonome, indépendante et proposant une réelle personnalité.
Pour toutes celles qui auraient des problèmes dans leur relation mère fille, mettez un peu de rose dans votre cuisine. Rien ne changera de façon miraculeuse, néanmoins les tensions peuvent s’estomper, ou du moins être moins stressantes !


Laurianne KAPRIELIAN-BARTHET
l.barthet@gmail.com